Sur une photo, en noir et blanc, on voit un jeune homme dynamique, cool, à l’esprit libre. Il a les cheveux longs et bouclés, qu’on devine châtain clair avec des reflets blonds, en pétard. Il semble plein d’assurance et de liberté.
Cet homme, dans la puissance de sa jeunesse, ne pouvait pas vieillir.
Qui aurait cru que quelques années plus tard il deviendrait un homme contrit, le col serré, sérieux, comme emprisonné par son costume et quelque mauvais esprit ?
Il n’avait plus de liberté, plus de sourire, mais de la gêne. Quelle déception ! un artiste qui devient bureaucrate guindé. Un homme qui va contre son bien-être.
Mais, maintenant, on sait qu’il était déjà possédé au moment cette admirable photo. Le flash avait subtilement capturé l’homme qu’il aurait dû devenir.
Un mouvement de fond courait déjà, cette photo est le sommet de la vague d’un mouvement de fond déjà amorcé, une ultime tentative de s’échapper avant de retomber dans le creux de la vague où il était attendu. Il était déjà perdu et ce depuis son enfance, quand un maître nageur mal lui apprit la nage.
Dans cet océan froid et lourd, il ne se débattrait bientôt plus, pris dans les mailles du filet.
Loin de moi l’idée de donner une mauvaise image de l’océan, cet espace immense à perte de vue qui apaise, dont l’iode améliore la santé. Mais l’océan a cette force de se muer aussi bien en rêve qu’en cauchemar. Et cet homme a constamment fait le choix du cauchemar. Il a constamment, consciencieusement, méthodiquement, trahi, menti, inversé.
Il a fini par se dissoudre dans l’océan du mensonge. La question de sa force vitale est posée. Il semble aussi vide qu’un ciel sans étoile. Est-il encore présent parmi nous ou a t’il rejoint le monde des cauchemars ? erre t’il comme un fantôme aveugle, ne trouvant plus la sortie parmi les rivages que renvoient son regard bleu azure ?